Jusqu'au 30 août 2026, une importante exposition consacrée à Nahum B. Zenil propose un parcours intense à travers plus d'un demi-siècle de création artistique. Né à Veracruz en 1947, Zenil a construit une œuvre profondément introspective et, simultanément, radicalement politique, où le corps devient le théâtre des tensions entre pouvoir, spiritualité, désir et identité nationale.
Dès ses premières œuvres dans les années 1970, l'artiste a adopté une stratégie qui allait définir toute sa carrière : le recours constant à l'autoportrait. À travers celui-ci, il revisite non seulement sa biographie et son histoire familiale, mais aussi reconfigure une mémoire collective marquée par les silences, les stigmates et la résistance. Dans ses images, l'intime devient public et le personnel acquiert une résonance sociale.

Nahum B. Zenil, Sans titre, 1978, Collection de l'artiste.
L'un des éléments les plus singuliers de son imagerie puise son inspiration dans son enfance passée au cirque de Veracruz. Cette esthétique circassienne, empreinte de théâtralité, de symbolisme et d'ambiguïté, se retrouve constamment dans son œuvre comme un espace de transgression. Là, les normes sont suspendues et le désir, notamment homoérotique, trouve le moyen de s'exprimer librement, bien qu'il ait été historiquement réprimé.
Mais Zenil n'a pas seulement été un créateur prolifique ; il a aussi joué un rôle essentiel dans le rapprochement entre l'art et l'activisme. En 1986, il a participé à l'organisation de la Journée de la culture gay au Museo Universitario del Chopo, un événement pionnier qui, l'année suivante, est devenu la Semaine culturelle lesbienne et gay. Ces initiatives ont marqué un tournant dans la visibilité des minorités sexuelles au sein de la sphère culturelle mexicaine.

Nahum B. Zenil, Tu te regarderas dans le miroir clair de mes yeux, 2000, Collection de l'artiste.
L'exposition au Museo Universitario del Chopo met en lumière cette double dimension de son héritage : celle d'un artiste engagé dans son temps et celle d'un militant qui concevait l'art comme un espace de débat, d'affirmation et de communauté. Son œuvre ne se contente pas d'aborder les conflits de son époque, mais continue d'inciter les nouvelles générations à imaginer d'autres formes d'appartenance, d'affection et de résistance.
Conçue par Sol Henaro Palomino et Miguel A. López, cette exposition se présente comme une invitation à regarder – et à se regarder soi-même – sans compromis. Dans le miroir de Zenil, ce qui apparaît n’est pas seulement un visage, mais une histoire commune qui continue de s’écrire.