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Des expositions

L'un devient multiple au Pérez Art Museum Miami : le rituel et le musée

Installation view: One Becomes Many, Pérez Art Museum Miami, 2024–26. Photo: Oriol Tarridas
L'un devient multiple au Pérez Art Museum Miami : le rituel et le musée
Sarah Roig miami - 27/01/26

Le titre One Becomes Many suggère la dissolution du sujet individuel dans une identité plurielle, communautaire et transgénérationnelle. En ce sens, le moi artistique est présenté comme une archive partagée qui rassemble les œuvres de onze artistes afro-brésiliens : Emanoel Araújo, Mestre Didi, Sonia Gomes, Gustavo Nazareno, Paulo Nazareth, Antonio Obá, Alberto Pitta, Hariel Revignet, Tadaskía, Nádia Taquary et Rubem Valentim.

La cohésion culturelle des populations africaines réduites en esclavage au Brésil a donné naissance à de multiples formes d'expression, telles que la capoeira, la musique, les rituels et l'art, où l'essence des cultures africaines s'est trouvée préservée et transformée au contact de leur nouvel environnement. L'un des concepts centraux de l'exposition est le Candomblé Ketu, une religion afro-brésilienne développée au XIXe siècle. Forgé dans un contexte d'esclavage, de déracinement et de violence historique, ce système de croyances a émergé comme un moyen de préserver la mémoire culturelle des communautés yoruba et d'autres populations africaines du Brésil. Ces pratiques constituent, encore aujourd'hui, un témoignage vivant de mémoire, de résistance et de transmission culturelle.

L’exposition « One Becomes Many » , présentée au Pérez Art Museum Miami jusqu’au 16 avril, situe cet ensemble de rituels au sein du mythe du cube blanc. Victor Turner soutient que l’espace d’exposition fonctionne comme un territoire intermédiaire où les pratiques rituelles, détachées de leur contexte originel, traversent un état liminal – ici, celui du cube blanc – pour se reconfigurer en une expérience collective provisoire et acquérir de nouvelles significations. Cette transformation soulève une question centrale : que se passe-t-il lorsque la spiritualité pénètre dans le musée, lorsque le sacré est soumis à un éclairage parfaitement calibré ? Dans ce cadre, des œuvres riches en textures et en couleurs saisissantes sont installées sur des surfaces blanches sous une lumière neutre, contrastant avec des récits marqués par la diaspora et sa résilience. Le contexte de l’exposition ne neutralise pas complètement ces souvenirs, mais les place plutôt dans un espace où une friction constante peut exister.

Loin d'être un obstacle, cette friction constitue l'un des aspects les plus féconds de l'exposition. À travers des représentations de corps noirs, des références à l'art populaire et des rituels de mémoire afro-brésilienne, un récit se reconstruit, où le passé se réanime. Une palette de couleurs vibrantes renforce cette continuité, nous invitant à nous immerger dans ces généalogies qui articulent mémoire, résistance et appartenance. À travers ces voix entrelacées, se tisse une véritable ruche d'archives qui garantissent leur histoire, à laquelle nous devons participer pour qu'elle ne tombe pas dans l'oubli.

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