Dans la peinture de Núria Picas, l'écho du roman catalan, et notamment des peintures de Sant Climent de Taüll, se transforme en une source d'inspiration qui traverse les formes, les figures et l'intensité expressive de son œuvre.
Cette relation est le point de départ de l’ exposition « Núria Picas. Sous le signe de Taüll » , présentée au Musée Valls du 19 septembre au 29 novembre 2026. Coproduite avec le Musée de Montserrat, l’exposition se poursuivra à Montserrat, où une seconde exposition consacrée à l’artiste sera présentée du 18 décembre 2020 au 28 février 2027.
Conçue par Bernat Puigdollers, historien de l'art, directeur de la Fondation Vila Casas et spécialiste de l'art catalan d'après-guerre, l'exposition propose de redécouvrir une figure qui, malgré sa participation active aux débats artistiques de son temps, a été progressivement écartée des grands circuits d'exposition. Elle poursuit ainsi un double objectif : replacer Picas dans l'histoire de l'art catalan de la seconde moitié du XXe siècle et reconstituer le contexte culturel dans lequel il a développé sa pratique.

L'ensemble des œuvres réunies permet d'observer comment ce regard tourné vers le passé se conjugue aux préoccupations des secondes avant-gardes. Personnages solennels, figures frontales, contours marqués et formes essentielles révèlent l'influence de l'univers roman et, simultanément, une volonté d'expression personnelle. Taüll n'apparaît donc pas comme une simple référence iconographique, mais comme une structure visuelle et spirituelle à partir de laquelle l'artiste a développé son langage singulier.
La production de Picas, notamment durant les années 1940 et 1950, s'inscrit dans une période particulièrement complexe pour la culture catalane. L'après-guerre contraint toute une génération d'artistes à travailler dans des conditions difficiles, mais elle suscite également la recherche de nouvelles voies pour renouveler le paysage artistique. La participation de Picas aux Salons d'Octobre et ses liens avec divers cercles culturels de l'époque inscrivent sa carrière dans ce processus de transformation.
Le dialogue avec ses contemporains est un des éléments qui permet de mieux comprendre son apport. L'exposition comprend des œuvres d'Antoni Tàpies, Josep Guinovart, Marc Aleu, Albert Ràfols-Casamada, Modest Cuixart, Joan Hernández Pijuan, Joan Brotat, Fornells Pla, Claude Collet, Cardona Torrandell, Palau Ferré et Josep Maria de Sucre, entre autres. Des artistes d'une génération antérieure, comme Georges Rouault et Joan Massanet, qui ont eu une influence significative sur sa formation et sa sensibilité artistique, sont également présents.

La redécouverte de l'œuvre de Núria Picas implique également la reconstitution d'un travail resté pendant des décennies dispersé et, pour l'essentiel, insuffisamment documenté. Le projet d'exposition a nécessité un travail de recherche, de localisation et de catalogage qui nous permet d'approfondir notre connaissance de sa production et d'ouvrir de nouvelles perspectives d'étude. L'artiste elle-même a pu prendre connaissance du projet et apporter son témoignage aux recherches qui accompagnent le catalogue.
Sa mort en janvier 2026, avant l'achèvement de l'exposition, confère inévitablement une dimension d'hommage au projet. Mais Sota el signe de Taüll souhaite dépasser la simple récupération commémorative : elle propose de reconsidérer une œuvre et de la replacer dans le contexte de l'art catalan d'après-guerre, lui redonnant ainsi une présence qui s'était estompée au fil des années.
L'exposition présente une trentaine de prêteurs et d'œuvres provenant d'institutions telles que la Fondation Vila Casas, le Museu de l'Empordà ou la Fondation Bassat, dans le cadre d'une opération de récupération du patrimoine qui replace la carrière de Picas dans son contexte historique.