« Certains trouvent mes photographies mélancoliques, d'autres drôles. Mais la mélancolie et l'ironie ne sont-elles pas les deux faces d'une même pièce ? » Cette apparente contradiction résume bien l'approche photographique d'Elliott Erwitt (Paris, 1928 – New York, 2023), un artiste capable de déceler l'humour, la tendresse, l'étrangeté ou la mélancolie dissimulés dans des scènes du quotidien en apparence insignifiantes.
Le Musée archéologique civique de Bologne présente, du 1er octobre 2026 au 28 février 2027, « Elliott Erwitt : L’art de voir », une exposition qui propose un regard neuf sur son œuvre. Au-delà des images iconiques qui ont contribué à faire de lui l’un des photographes les plus renommés du XXe siècle, l’exposition s’attache à révéler l’homme derrière l’objectif : le père, l’époux, l’ami, le voyageur et, surtout, cet infatigable observateur de la condition humaine.

GUIDE D'IMAGE : NEW YORK, 1974 © ELLIOTT ERWITT (CLIQUEZ SUR L'IMAGE POUR LA VOIR EN PLEINE ÉCRAN)
Organisée par Biba Giacchetti et produite par Civita Mostre e Musei, en collaboration avec le Musée archéologique municipal de Bologne, l'exposition rassemble une centaine de photographies retraçant différentes périodes de la carrière d'Erwitt. Outre certaines de ses images les plus célèbres, elle présente une importante collection de photographies issues de sa collection privée, dont beaucoup sont exposées au public pour la première fois.
Cette sélection nous permet ainsi de passer d'Erwitt, icône du genre, à un photographe bien plus personnel. Ses photographies les plus célèbres ne semblent pas déconnectées de sa biographie, mais plutôt inscrites dans une expérience de vie où événements privés, voyages, rencontres et observations du quotidien ont constamment nourri son style photographique.
Dans l'œuvre d'Erwitt, l'intime ne se cantonne jamais à l'autobiographie. Une scène de famille, un geste fugace, un couple, un chien, un paysage, une situation en apparence banale peuvent acquérir une dimension universelle sous son objectif. Le photographe extrait de ces fragments de réalité des émotions universelles : le désir, la solitude, l'affection, l'absurdité, la perte, la complicité, ou l'humour.
Cette capacité à transformer le particulier en une expérience partagée explique en grande partie la pertinence durable de son œuvre. Erwitt observait avant de photographier, et dans cette attente, il découvrait des situations où la réalité semblait révéler, l'espace d'un instant, quelque chose qui demeure habituellement caché. Sa photographie n'avait pas besoin de grands événements pour parler du monde : il lui suffisait de regarder attentivement.