Le musée Nicéphore Niépce, à Chalon-sur-Saône, consacre jusqu'au 11 octobre à Aleix Plademunt l'exposition « Matière » , retraçant le parcours de l'artiste catalan à travers une centaine de photographies issues de différents moments, lieux et projets. Ouverte depuis le 4 juillet, l'exposition part d'une idée aussi élémentaire qu'insaisissable : la matière comme origine, comme présence physique et, simultanément, comme ce qui importe.
Le terme même de matière recèle cette double dimension. Il renvoie à « mater » , sa racine latine, liée à la mère et à une source originelle d'où tout émane. Mais en français, il désigne aussi ce qui a de l'importance, ce qui compte. Plademunt se situe précisément dans cet espace de tension entre substance et signification, entre réalité matérielle et notre manière de la percevoir.

L’exposition pose ainsi une question qui ne prétend pas apporter de réponse définitive : comment les êtres humains tentent-ils d’observer, de comprendre et de transformer la matière ? La photographie apparaît comme un outil privilégié pour aborder cette question, capable d’inventorier, de classer et de transmettre des fragments du monde, mais aussi d’en souligner les contradictions.
Loin de dresser un catalogue neutre de la réalité, Plademunt utilise la photographie pour en révéler les fractures. Ses images tissent des liens entre des thèmes tels que l'intimité, la politique, l'écologie, la science et le progrès technologique, et associent beauté et violence, découverte et transformation, et savoir et les limites de notre capacité d'intervention sur l'environnement.
La sélection présentée au musée Nicéphore Niépce provient d'un corpus de plus de 600 photographies. La centaine d'images choisies, appartenant à différentes périodes, représentent des espaces ou des matériaux géographiquement éloignés qui, en principe, n'auraient jamais pu se rencontrer. Leur agencement ne suit pas nécessairement un ordre chronologique ou narratif, mais repose plutôt sur l'association, le contraste et la friction.
Cette conception du parcours transforme l’exposition en un exercice de connexions inattendues. Des images séparées par le temps, l’espace ou la nature de leurs protagonistes dialoguent et engendrent de nouvelles significations. Le montage révèle ainsi le vertige que représente la tentative d’appréhender un concept aussi vaste que celui de la matière et, simultanément, interroge la possibilité même de représenter le monde entier.

Né à Gérone en 1980, Aleix Plademunt a débuté sa carrière professionnelle dans le domaine de l'ingénierie avant de se consacrer à la photographie. En 2004, il a obtenu un diplôme d'études supérieures en photographie à l'Université polytechnique de Catalogne, puis a complété sa formation par un master en photographie à l'Université des Amériques, à Cholula, au Mexique.
Sa pratique photographique s'intéresse aux relations complexes entre l'humain, le paysage et la matière. Par une méthodologie qui allie documentation, conceptualisation et regard poétique, l'artiste examine comment les sociétés observent, utilisent, transforment et réorganisent leur environnement.
En ce sens, Matter développe l'une des constantes de son œuvre : le désir de comprendre le monde à travers ses traces matérielles. Les photographies ne se contentent pas d'enregistrer ce qui existe, mais soulèvent également des questions sur les forces qui ont rendu chaque réalité possible et sur les conséquences de notre intervention.