Après plus d'un siècle de construction, la basilique de la Sagrada Família entre enfin dans sa phase décisive avec l'achèvement de la Tour de Jésus-Christ, qui, du haut de ses 172,5 mètres, en fait l'église la plus haute du monde. Cette étape, à la fois symbolique et technique, semble rapprocher l'œuvre de l'image imaginée par Antoni Gaudí, même si son achèvement définitif n'est pas encore une réalité.
Cette nouvelle étape s'inscrit dans un contexte chargé d'histoire : on commémore le centenaire de la mort de l'architecte et, parallèlement, la partie la plus visible du projet est considérée comme quasiment achevée grâce à l'utilisation de technologies de construction modernes et de matériaux actuels, qui ont permis de reprendre et de réinterpréter les plans originaux, dont beaucoup avaient été perdus pendant la guerre civile.
Cependant, ce sentiment d'achèvement n'est pas tout à fait réel. La Sagrada Família ne compte toujours pas un élément essentiel : la façade de la Gloria, conçue comme l'entrée principale et comme une représentation symbolique du chemin du salut. C'est aussi le point le plus controversé du projet.
Le débat n'est pas seulement architectural, mais aussi profondément urbain et social. Le projet prévoit un grand escalier et une avenue monumentale reliant le temple à la rue Diagonal, une intervention qui impacterait deux îlots de l'Eixample, occupés par des immeubles résidentiels depuis plus d'un siècle. Cette proposition a engendré une tension constante entre la vision monumentale du temple et la réalité quotidienne du quartier.
Les associations de quartier s'interrogent sur la réalité du choix de Gaudí pour cet escalier et défendent la préservation du tissu urbain actuel. Parallèlement, des alternatives sont proposées, qui permettraient de réduire, voire d'éviter, la démolition, mais impliqueraient une réinterprétation du projet initial, l'éloignant de sa conception d'origine.
La mairie de Barcelone poursuit les négociations avec le Conseil de la construction et les riverains, dans l'optique de parvenir à un consensus avant les prochaines élections. L'avenir des abords immédiats de la Sagrada Família devient ainsi un élément clé pour comprendre ce que signifie réellement « achever » la construction de ce temple.
Au cœur de ce débat, la récente célébration de la bénédiction de la tour centrale par le pape Léon XVI a conféré une dimension symbolique considérable, renforçant la dimension spirituelle et universelle du projet. La Sagrada Família est aujourd'hui présentée comme une œuvre devenue iconique, mais dont la coexistence avec la ville qui l'entoure reste encore à accomplir.
En résumé, le temple semble plus proche que jamais de sa forme finale, mais il continue de soulever une question fondamentale : une œuvre conçue il y a plus de cent ans peut-elle être achevée sans transformer profondément la ville actuelle ?