Du 30 avril au 17 juillet 2026, la Fondation Suñol présente une exposition qui établit un dialogue entre l'installation Recycling Intelligences , de Julia Capomaggi, Lluís Ortega et Enrique Romero, et un ensemble d'œuvres de Miquel Navarro de la collection Suñol Soler.
L'exposition s'inscrit dans le cadre des événements liés à Barcelone, Capitale européenne de l'architecture 2026, et fait partie d'une série d'expositions réparties dans toute la ville, qui interrogent le rôle de l'architecture contemporaine. Dans ce contexte, la Fondation Suñol devient un lieu de rencontre entre l'intelligence artificielle appliquée au design et une vision artistique ancrée dans la mémoire matérielle et symbolique du territoire.
Le projet Recycling Intelligences explore comment l'apprentissage automatique peut enrichir l'intelligence architecturale dans la conception de logements sociaux. Il utilise un modèle GAN (réseau antagoniste génératif) entraîné sur une vaste base de données de projets de logements espagnols de qualité, souvent peu étudiés. Ce corpus permet d'analyser des typologies, des modèles de coexistence et des stratégies spatiales répondant aux enjeux contemporains tels que la crise climatique ou la diversité sociale.

L'installation se présente sous la forme d'une table de 12 m² ornée de 370 maquettes imprimées en 3D, rétroéclairées de manière dynamique. Certaines sont originales, d'autres sont générées par intelligence artificielle. Le dispositif expérimental intègre également des explications sur les processus de calcul, révélant ainsi la logique interne de la création algorithmique et son lien avec la conception architecturale.
En dialogue avec cette proposition technologique, l’œuvre de Miquel Navarro introduit une dimension matérielle et symbolique à la ville. L’artiste évoque sa Mislata natale, où le passé industriel et la tradition agricole se fondent en un imaginaire urbain bâti d’argile et de formes essentielles. Ses œuvres proposent une ville en perpétuelle transformation, plus proche d’un organisme vivant que d’une structure figée.

Dans Torre Avenida (1975-1976), Navarro propose un ensemble de volumes évoquant des formes d'habitat organisées autour d'une structure centrale. Dans Fàbrica amb laberint (1978), une cheminée imposante évoque le passé industriel avec un regard à la fois nostalgique et critique. Enfin, Bou embolat (1979) introduit le rituel et la célébration comme éléments qui reconfigurent l'espace urbain, transformant la ville en une scène symbolique et collective.
Le dialogue entre Recycling Intelligences et Miquel Navarro suscite une réflexion commune sur l'avenir du logement et de la ville. D'un côté, l'intelligence artificielle qui apprend des modèles existants pour générer de nouvelles possibilités ; de l'autre, une œuvre qui redonne vie à la mémoire, à la matière et à la dimension humaine de l'espace bâti.
Entre ces deux approches, une question centrale se pose quant à la manière d'imaginer les villes du futur : peuvent-elles être à la fois le produit de systèmes informatiques et de dépôts de mémoire, ou bien cette tension est-elle précisément le moteur de leur évolution ?