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Des expositions

Utopies enterrées : Anna Moreno revisite les rêves architecturaux de Ricardo Bofill au MACBA

Avec « The Third Twist », Anna Moreno clôt sa trilogie sur les projets les plus ambitieux de Ricardo Bofill, transformant le désert et le sable en une métaphore des utopies modernes oubliées au Musée d'Art Contemporain de Barcelone.

Utopies enterrées : Anna Moreno revisite les rêves architecturaux de Ricardo Bofill au MACBA
bonart barcelone - 17/08/26

En entrant au rez-de-chaussée du Musée d'Art Contemporain de Barcelone (MACBA), le visiteur découvre une surprise : une dune de sable où il est invité à s'asseoir. Il ne s'agit pas d'un simple élément scénographique – bien que sa structure soit visible – mais du point de départ de « The Third Twist », avec lequel Anna Moreno clôt sa trilogie consacrée aux projets les plus ambitieux et les plus problématiques de l'architecte Ricardo Bofill.

Au cœur de l'exposition se trouve « La Plage Terminale », un long métrage coréalisé avec le cinéaste Bernardo Zanotta et tourné en Algérie, mêlant documentaire et fiction. En 1979, l'atelier de Bofill y construisit un campement nomade à la demande du président Houari Boumédiène : un projet presque effacé de l'histoire officielle, littéralement enfoui sous les sables du Sahara. C'est à partir de ce vide – Bofill lui-même n'en avait plus le souvenir précis – que Moreno construit son propre récit. Là où les archives font défaut, il introduit la fiction spéculative : un photographe européen se rend sur les lieux des décennies plus tard et se trouve confronté aux ruines de ce rêve collectif.

  • PHOTOGRAPHIES DE « THE TERMINAL BEACH » (2024-2025), COURTOISIE D'ANNA MORENO ET BERNARDO ZANOTTA. EXPOSITION : ANNA MORENO.

Le film interroge également la vision occidentale du désert, avec des échos du roman « Un thé au Sahara » de Paul Bowles, et la manière dont ces paysages sont devenus une tabula rasa pour les expérimentations architecturales européennes.

Ce qui est intéressant, ce n'est pas seulement l'histoire, mais aussi la manière dont elle est racontée. Moreno utilise la fiction pour revisiter les utopies des années 1970, époque où de nombreux architectes croyaient pouvoir refonder la société de toutes pièces. Le sable y apparaît comme une métaphore évidente : tout ce qui est construit finit par s'éroder avec le temps.

L’artiste ne juge pas Bofill. Il préfère montrer ses contradictions avec un regard serein, voire mélancolique : de l’idéalisme révolutionnaire à la célébrité subséquente ; du désir de transformation sociale au désert qui recouvre tout.

  • PHOTOGRAPHIES DE « THE TERMINAL BEACH » (2024-2025), COURTOISIE D'ANNA MORENO ET BERNARDO ZANOTTA. EXPOSITION : ANNA MORENO.

« The Terminal Beach » clôt la trilogie commencée avec « The Drowned Giant » (2017), inspirée par le happening organisé par Bofill pour promouvoir le projet « La Ciudad en el Espacio » à Madrid, abandonné par le franquisme, et poursuivie avec « Billennium » (2018), centrée sur l’immeuble Walden 7 à Sant Just Desvern. Les titres des trois œuvres font référence à des nouvelles de l’écrivain J.G. Ballard, une influence majeure dans sa manière d’entremêler spéculation et mémoire.

L'exposition s'achève sur un vitrail reprenant les géométries de l'ancienne chapelle de la Miséricorde, intégrant ainsi l'extérieur du musée à l'œuvre. Par ce geste, Moreno élargit sa réflexion aux vestiges architecturaux de la ville et au destin incertain de certaines utopies modernes en milieu urbain.

  • VUES DE L'EXPOSITION « ANNA MORENO. LE TROISIÈME TOURNANT », 2026. PHOTO : MIQUEL COLL.

L'installation fonctionne car elle vous oblige à vous immerger physiquement dans cette idée. Assis sur le sable, à contempler la lumière qui se pose sur les dunes réelles et imaginaires, vous comprenez que les utopies ne disparaissent pas complètement : elles se transforment simplement. Parfois, dans l'art.

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