Ester Partegàs investit Es Baluard avec sa nouvelle exposition , Arquitectura menor , un projet qui nous invite à explorer les frontières entre espace, objet et perception quotidienne. Jusqu'au 5 juin, le musée propose une immersion dans l'univers créatif de l'artiste. Conçue en collaboration avec le Museo Centro de Arte Dos de Mayo de Madrid, Arquitectura menor revisite trois décennies de travail de l'artiste originaire de La Garriga, sans se conformer à la rigidité d'une rétrospective classique. Sous le commissariat de Bea Espejo, le parcours propose une boucle où les œuvres dialoguent entre elles, créant un espace perméable. Ce dernier est capable de révéler des liens subtils entre moments, matériaux et significations, invitant le visiteur à se perdre et à se retrouver dans un labyrinthe de formes et d'idées.

Cette nouvelle exposition au musée Es Baluard aborde avec délicatesse la notion d’histoire mineure : les gestes les plus infimes, les actions minimales, les traditions marginales, les publics restreints ou les rencontres fortuites avec certains matériaux culturels. Chaque œuvre semble saisir des fragments de vie qui passeraient inaperçus, les transformant en témoins silencieux d’un monde riche en subtilités. Avec une scénographie évoquant l’immensité d’un vaste parc archéologique, l’exposition cherche à recréer cet espace de tension qui traverse toute l’œuvre de Partegàs, que ce soit par le jeu constant des échelles ou par les contradictions qui habitent ses matériaux et ses concepts.
Cette tension devient, simultanément, un lieu d'agitation vitale et philosophique, un territoire où l'artiste construit un espace libre, agréable et spéculatif. C'est un espace qui invite le visiteur à questionner ce que nous tenons pour réel, à explorer les zones grises entre objet et perception, et à s'étonner des liens inattendus qui se tissent entre mémoire, matière et idée.

Arquitectura menor explore l'équilibre, le geste et la résistance, proposant un espace de tensions où la philosophie rencontre l'expérience vécue. L'exposition tisse des liens avec la marginalité, l'imaginaire et le féminin, entretenant des liens subtils entre histoire, mémoire et matière.
Si, dans ses premières œuvres, Ester Partegàs observait panneaux, contenants, slogans, poubelles, étiquettes, codes-barres ou titres de magazines, son regard se porte aujourd'hui sur des paniers, des tombes, des ponts, des bains, des monuments, des cryptes, des poches ou des aqueducs, objets et espaces qui, à l'image d'elle-même, habitent la frontière entre le quotidien et l'exceptionnel. Chaque élément est une porte, une occasion de tisser des liens entre passé et présent, entre échelle intime et monumentalité, entre réflexion philosophique et perception sensible.

Line II (Paniers à linge), datant de 2025, est la grande installation qu'Ester Partegàs a créée spécialement pour l'exposition. Dans cette œuvre, l'artiste intègre certains des objets les plus emblématiques de l'artisanat majorquin, tels que des chaises, des pots et des assiettes, les inscrivant dans un dialogue entre tradition et modernité. Comme dans ses œuvres les plus récentes, Partegàs interroge l'intériorité de la sculpture, cet espace caché qui demeure invisible, mais qui, simultanément, se prête à être investi, habité ou imaginé par le visiteur.
Parallèlement à l'installation, deux grands dessins prolongent la trajectoire amorcée avec « Pétrir, pénétrer, lâcher prise » (2022-2023), en augmentant leur échelle et en soulignant le lien entre corps, geste et architecture. Cette fois, les formes semblent rendre un hommage subtil aux talayots, ces constructions préhistoriques si caractéristiques de Minorque et de Majorque, évoquant un passé lointain qui dialogue avec la sensibilité contemporaine de l'artiste. Les dessins, à l'instar des sculptures, offrent un espace où l'imagination peut s'épanouir, explorant les tensions entre le visible et le latent, entre le monumental et l'intime, entre mémoire collective et expérience personnelle.
