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Smiljan Radić, Prix Pritzker 2026 : l’architecture de l’essentiel

Smiljan Radić, Prix Pritzker 2026 : l’architecture de l’essentiel

L’architecte chilien Smiljan Radić a reçu le prix Pritzker d’architecture 2026, souvent considéré comme l’équivalent du prix Nobel d’architecture. Le jury a annoncé ce prix jeudi, saluant une carrière qui a su transformer la fragilité et la simplicité apparentes des matériaux en espaces profondément évocateurs.

Au premier abord, nombre d'œuvres de Radić semblent inachevées, voire précaires. Pourtant, cette esthétique volontairement sobre est précisément l'une des qualités que le jury a mises en avant : des bâtiments qui, loin d'être imposants, « élèvent ceux qui les habitent », créant des atmosphères qu'ils ont qualifiées d'optimistes et d'une joie discrète.

Grâce à cette distinction, Radić devient le cinquième architecte latino-américain à recevoir le prestigieux prix Pritzker en 47 ans d'existence. Ce prix, décerné pour la première fois en 1979 au pionnier du modernisme Philip Johnson, a depuis récompensé certaines des figures les plus influentes du domaine, telles que Zaha Hadid, Norman Foster et Rem Koolhaas. Ces dernières années, le jury a toutefois manifesté un intérêt croissant pour les architectes dont le travail privilégie une échelle plus humaine ou porte sur des projets à forte dimension sociale.

Fondée en 1995, l'agence Smiljan Radić Architects a réalisé plus de soixante projets, allant de résidences privées et d'espaces culturels à des infrastructures urbaines. Parmi ses réalisations les plus remarquables figurent un domaine viticole primé au Chili et un abribus en Autriche. Bien que son activité se soit étendue aux Amériques et à l'Europe, la majorité de ses projets se situent au Chili.

Parmi ses édifices les plus emblématiques figure le Teatro del Biobío à Concepción. Ce centre des arts de la scène se caractérise par une façade semi-translucide qui, à la nuit tombée, le transforme en une sorte de lanterne urbaine diffusant une douce lumière. Il convient également de mentionner l'agrandissement du Musée chilien d'art précolombien à Santiago, une intervention qui s'intègre harmonieusement à l'architecture historique du XVIIIe siècle grâce à un langage stylistique contemporain et sobre.

Radić succède à l'architecte chinois Liu Jiakun, lauréat en 2025, à l'architecte japonais Riken Yamamoto (2024) et à l'architecte britannique David Chipperfield (2023).

Une vocation découverte petit à petit

Le parcours de Radić vers l'architecture ne fut pas immédiat, mais plutôt le fruit d'un processus graduel ponctué de doutes, d'expériences et de voyages. Durant son enfance, il passait de longues heures à dessiner, mais ce n'est qu'à quatorze ans qu'il entra en contact avec cette discipline, lorsqu'un professeur d'art lui commanda la conception d'un bâtiment dans le cadre d'un exercice scolaire.

Ses années universitaires ne furent pas sans difficultés. En première année à l'Université pontificale catholique du Chili, il échoua à son examen final. Loin de le décourager, cet échec se révéla déterminant : il le poussa à approfondir l'histoire de l'architecture à l'Institut universitaire d'architecture de Venise et à entreprendre de nombreux voyages. Pour Radić, cette période constitua le véritable cœur de sa formation. Comme il le résume lui-même : « les idées résident dans les choses ».

Projets internationaux et présence en Espagne

Radić développe actuellement des projets dans plusieurs pays. En Espagne, il participe à la construction d'un hôtel-maison du projet Solo Houses, situé à Cretas (Teruel). Cette initiative réunit des artistes internationaux de renom et bénéficie de la collaboration du critique et commissaire d'exposition Hans Ulrich Obrist pour l'élaboration du programme culturel, ainsi que de l'architecte paysagiste Bas Smets, qui conçoit un aménagement paysager à base d'essences locales.

Pour ce projet, Radić travaille aux côtés des architectes espagnols Miquel Mariné, César Rueda et Beatriz Borque, avec lesquels il développe la proposition architecturale.

Une œuvre diversifiée et expérimentale

Depuis plus de trois décennies, l'œuvre de Radić a englobé des institutions culturelles, des espaces civiques, des bâtiments commerciaux, des résidences privées et des installations éphémères dans des pays tels que l'Albanie, l'Autriche, le Chili, la Croatie, la France, l'Italie, l'Espagne, la Suisse et le Royaume-Uni.

Parmi ses projets les plus remarquables figurent Guatero, présenté à la XXIIe Biennale d'architecture du Chili (2023) ; London Sky Bubble (2021) ; Casa Chanchera (2022) ; Casa Prisma (2020) ; la cave Vik Millahue (2013) ; l'installation The Child Hidden in a Fish, créée en collaboration avec Marcela Correa pour la Biennale d'architecture de Venise de 2010 ; et la CR House (2003), l'une des premières œuvres qui ont consolidé sa reconnaissance internationale.

Avec le prix Pritzker, Smiljan Radić rejoint définitivement le cercle des architectes qui ont redéfini le paysage contemporain. Son architecture – poétique, expérimentale et profondément ancrée dans son environnement – démontre que même les structures les plus fragiles en apparence peuvent receler une vision puissante du monde.

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