L'artiste américain James Turrell renforce sa présence internationale avec Straight Up , une installation conçue comme une expérience architecturale et perceptive, désormais intégrée de façon permanente au DIB Bangkok. Première œuvre permanente majeure de Turrell en Thaïlande, ce projet fait de la lumière, du ciel et du regard du spectateur un matériau artistique à part entière.
L'œuvre se déploie sur deux niveaux et réunit deux des ressources spatiales les plus caractéristiques de la carrière de Turrell. Au premier étage se trouve l'une de ses chambres noires atypiques. À travers une petite lentille, l'image du ciel extérieur est projetée sur le sol de l'espace intérieur. Ce procédé établit un parallèle avec le fonctionnement de l'œil humain, où la pupille filtre la lumière avant de la projeter sur la rétine.
Le deuxième étage abrite l'un des célèbres skyspaces de Turrell, des pièces conçues autour d'une ouverture au plafond offrant une vue directe sur le ciel. Dans ces espaces, l'artiste transforme une portion de la voûte céleste en une sorte d'image encadrée. L'ouverture agit comme un cadre vers l'infini et modifie la perception de la distance et de l'espace.
Pour Turrell, le ciel ne se limite pas à nos têtes. À travers ces interventions architecturales, il semble descendre dans l'espace que nous habitons. L'expérience invite le visiteur à s'arrêter et à regarder, mais aussi à prendre conscience de l'acte même d'observer. L'œuvre déplace ainsi notre attention de ce que nous voyons à la manière dont nous voyons.
James Turrell est une figure clé du mouvement Light and Space , apparu en Californie du Sud dans les années 1960. Sa pratique artistique s'est développée autour d'une recherche constante sur la perception, utilisant la lumière et l'architecture pour rendre visible un phénomène qui reste normalement invisible : le processus par lequel nous construisons notre expérience visuelle.

Sa carrière est étroitement liée à différents domaines de connaissances et d'expériences, notamment la spiritualité quaker, l'aviation et les technologies optiques. Cette combinaison d'intérêts transparaît dans une grande partie de son œuvre, en particulier dans ses recherches sur les lentilles, les projections et les espaces architecturaux.
Parmi ses premières œuvres, les Projection Pieces , réalisées entre 1966 et 1969, se distinguent. Dans celles-ci, Turrell utilise des faisceaux lumineux concentrés et intenses pour projeter des formes géométriques qui semblent acquérir une présence physique dans des pièces obscures. La lumière cesse d'être un élément destiné à éclairer un objet et devient, en elle-même, l'objet de l'expérience artistique.
Au cours des décennies suivantes, l'artiste a développé des architectures immersives conçues avec minutie pour modifier notre perception de l'espace. Ses installations confèrent à la lumière, un élément aussi intangible que la lumière, une dimension quasi matérielle, tandis que des éléments du quotidien tels qu'un mur, une pièce ou une ouverture sur le ciel deviennent partie intégrante d'un dispositif perceptif complexe.
L'arrivée de Straight Up en Thaïlande introduit également une dimension culturelle et spirituelle particulièrement importante. Le projet s'inscrit dans une tradition où le ciel revêt une profonde signification symbolique, notamment dans le contexte de la spiritualité bouddhiste prédominante du pays.
Dans le bouddhisme, le ciel est associé à une dimension de transcendance que l'être humain ne peut atteindre que par la méditation, la discipline et la quête de l'éveil. Dans cette perspective, l'expérience proposée par Turrell acquiert une nouvelle résonance : en dirigeant et en canalisant notre attention vers le ciel, l'œuvre établit une métaphore spatiale de la possibilité d'accéder à une réalité transcendante.
Dans Straight Up , le ciel cesse d'être un simple élément extérieur à l'architecture. Il devient le centre de celle-ci et le motif qui structure l'expérience dans son ensemble. L'œuvre invite à la contemplation, mais interroge aussi la frontière entre intérieur et extérieur, entre espace physique et perception, entre ce qui se trouve sous nos yeux et l'expérience intime de l'observer.
Installée de façon permanente au DIB Bangkok, Straight Up s'est intégrée au paysage culturel de la ville, mêlant architecture, technologie optique, lumière et spiritualité. À travers cette intervention, Turrell démontre une fois de plus que, parfois, transformer notre perception du monde ne nécessite rien d'ajouter à ce que nous voyons, mais simplement de nous apprendre à regarder autrement.