Manuel João Vieira, figure majeure de la scène culturelle portugaise depuis les années 1980, est présenté ici sous l'un de ses aspects les plus significatifs : celui de peintre. Son œuvre prolifique et reconnaissable s'inscrit dans le mouvement plus large du « retour à la peinture » qui a caractérisé sa génération, où la figuration narrative retrouve une place centrale après les ruptures de l'avant-garde du XXe siècle.
Dans l’exposition du MAAT à Lisbonne, « L’Île Pourpre : Paysages et Notes » , Vieira déploie un univers visuel foisonnant de figures, de symboles et de compositions qui dialoguent ouvertement avec la culture gréco-romaine et des siècles d’histoire de la peinture occidentale. Maniérisme, baroque, rococo, romantisme, symbolisme, peinture métaphysique et surréalisme y apparaissent comme des strates superposées, non pas pour répondre à une critique académique, mais pour s’approprier librement et presque ludiquement un fonds d’archives visuelles collectif.
Ce dialogue avec l'histoire de l'art devient un exercice critique : ses toiles fonctionnent comme des scènes où le passé est réinterprété d'un point de vue contemporain, inévitablement ironique, mélancolique et sans résolution définitive. En ce sens, la peinture de Vieira semble habiter une époque post-révolutionnaire, où la nouveauté ne peut plus prétendre à l'innocence.
Son langage pictural allie une figuration intense à une forte charge narrative. Les scènes, souvent riches en éléments et en tensions visuelles, oscillent entre humour, satire et énigme. Cette complexité invite le spectateur à mobiliser un vaste répertoire de références culturelles – mythologie, littérature, histoire de l’art – pour en déchiffrer les multiples niveaux de signification.
La provocation dans l'œuvre de Vieira réside non seulement dans les thèmes abordés, mais aussi dans la construction formelle : l'utilisation de la couleur, la densité de la composition et le rythme interne des images génèrent une expérience visuelle qui se refuse à toute interprétation immédiate. Ses œuvres ne se présentent pas comme des récits clos, mais comme des territoires ouverts où le récit et le symbolique coexistent.
L'exposition, dont le commissaire est João Pinharanda, peut être visitée du 20 mai au 7 septembre 2026, proposant un voyage à travers un monde imaginaire qui, plutôt que d'illustrer l'histoire de l'art, la réécrit de l'intérieur, entre érudition et jeu, entre mémoire et ironie.