Le débat sur le sort de Guernica a été relancé dans un contexte historique chargé de symbolisme. Le gouvernement basque, dirigé par le lehendakari Imanol Pradales, a de nouveau sollicité le gouvernement central pour le transfert temporaire du tableau au musée Guggenheim de Bilbao. Ce projet prévoit une exposition entre octobre 2026 et juin 2027 afin de commémorer le 90e anniversaire du bombardement de Guernica, événement majeur de la guerre civile espagnole qui a inspiré l'œuvre de Pablo Picasso.
La demande ne s'est pas limitée au niveau institutionnel : le Département basque de la Culture l'a également adressée officiellement au ministère de la Culture. Cependant, la réponse a suivi le même schéma que lors des précédentes occasions. Le ministre Ernest Urtasun a commandé un rapport au musée Reina Sofía, qui abrite l'œuvre depuis 1992, et la conclusion a été sans équivoque : le transfert n'est pas opportun.
Les arguments portent directement sur la fragilité de la toile. Considérée comme l'une des œuvres du XXe siècle les plus complexes à conserver, son état exige des conditions de conservation extrêmement contrôlées, rendant impossible tout transport en toute sécurité. Urtasun a souligné que commémorer le bombardement implique également d'assurer la pérennité de l'œuvre, insistant sur le fait que sa responsabilité est de préserver un patrimoine artistique d'une valeur inestimable.
L'histoire de Guernica est précisément marquée par le mouvement. Peinte à Paris en 1937, en pleine guerre, elle entreprit un voyage international à travers des villes comme Oslo, Copenhague et Londres avant de rejoindre le MoMA de New York à la demande même de Picasso. Elle ne revint en Espagne qu'en 1981, après le retour de la démocratie, et après un premier séjour au Casón del Buen Retiro, elle trouva sa place définitive au musée Reina Sofía, où elle se trouve depuis.
Malgré des refus répétés, les revendications du Pays basque n'ont jamais cessé au fil des ans. Aujourd'hui, l'anniversaire du bombardement a replacé la question au cœur du débat culturel et politique, exacerbant les tensions entre mémoire historique, territoire et préservation artistique.
Le risque du transfert
Le projet de déplacement de Guernica continue de susciter une vive opposition dans le milieu de la conservation d'art. Il ne s'agit pas seulement d'un problème institutionnel ou politique, mais bien de la fragilité matérielle extrême de la toile. Mesurant plus de sept mètres de long, la toile possède une structure complexe et ancienne qui a nécessité de nombreuses interventions au fil du temps pour assurer sa stabilité.
Pablo Picasso a employé des techniques et des matériaux expérimentaux pour la réalisation de cette œuvre, qui, au fil des décennies, se sont révélés particulièrement fragiles. La surface peinte présente des microfissures et des zones vulnérables, tandis que le support a été renforcé pour éviter toute déformation. Dans ce contexte, le moindre mouvement, même maîtrisé, peut engendrer des tensions, des vibrations ou des altérations susceptibles de compromettre son intégrité.
Outre ces facteurs, il est impératif de maintenir des conditions environnementales constantes. De légères variations de température, d'humidité ou d'éclairage peuvent avoir un impact cumulatif sur l'état de conservation de l'œuvre. Le transport, qu'il soit terrestre ou aérien, introduit des variables difficiles à neutraliser complètement, telles que des vibrations continues ou des variations de pression.
Par conséquent, le musée Reina Sofía, qui abrite l'œuvre depuis 1992, a appliqué pendant des décennies une politique rigoureuse : éviter tout déplacement inutile. La stabilité actuelle de Guernica s'explique en grande partie par sa présence dans un environnement contrôlé et constant. Dans cette optique, assurer sa conservation à long terme signifie précisément ne pas l'exposer aux risques inhérents à un déplacement.