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Des expositions

Échos de violence : un dialogue entre les époques et les lieux

Dumile Feni, You Wouldn’t Know God if he Spat in your Eye, 1975, Wits Art Museo Collection, Johannesburg. ©Estate Dumile Feni and Dumile Feni Family Trust.
Échos de violence : un dialogue entre les époques et les lieux
bonart madrid - 02/04/26

Le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía présente une rencontre aussi inattendue que profondément révélatrice : une confrontation entre deux œuvres séparées par des décennies et des continents, mais unies par un même désir de dénoncer la violence. Dans le cadre du cycle d’interventions « L’histoire ne se répète pas, mais elle rime », l’emblématique Guernica de Pablo Picasso dialogue avec Guernica africaine (1967) de l’artiste sud-africain Dumile Feni.

Cette initiative, conçue comme une série de juxtapositions entre l'œuvre de Picasso et des créations équivalentes issues d'autres contextes historiques ou géopolitiques, vise à ouvrir de nouvelles perspectives d'interprétation de l'histoire de l'art. Elle aboutit ici à une confrontation qui invite à une réflexion sur différentes formes de violence : la violence explicite et dévastatrice du bombardement de Guernica durant la guerre civile espagnole, et la violence plus insidieuse mais tout aussi brutale de l'apartheid en Afrique du Sud.

  • Dumile Feni, Tu ne reconnaîtrais pas Dieu même s'il te crachait à la figure, 1975. Collection du Wits Art Museum, Johannesburg. © Succession Dumile Feni et Dumile Feni Family Trust.

Organisée par l'historienne de l'art Tamar Garb, professeure à l'University College London, l'exposition présente l'œuvre de Feni comme une pièce maîtresse du modernisme africain. Réalisée au fusain et d'une taille monumentale inhabituelle dans les années 1960, « Guernica africaine » est présentée comme une peinture d'histoire moderne qui défie les conventions du dessin de l'époque.

Loin d'être une simple influence, Garb insiste sur le fait que l'œuvre de Feni instaure un dialogue conscient avec la tradition européenne. Le lien entre les deux œuvres ne repose pas sur l'imitation, mais sur une résonance conceptuelle : deux artistes, dans des contextes différents, confrontent les limites du projet moderne à travers la représentation de la souffrance humaine.

Le directeur du musée, Manuel Segade, a souligné que l'œuvre de Feni incarne un moment critique de la modernité, marqué par la violence structurelle de l'apartheid. En ce sens, l'exposition confronte non seulement des images, mais aussi des systèmes historiques et politiques qui révèlent de profondes fractures dans l'idée de progrès.

  • Pablo Picasso. Guernica, 1937. Musée national centre d'art Reina Sofía. Archives photographiques du Musée Reina Sofía © Succession Picasso, VEGAP, Madrid, 2026.

Outre Guernica africaine, l'exposition présente cinq autres œuvres de l'artiste sud-africain, provenant d'institutions telles que l'université de Fort Hare, la Fondation Norval et le musée d'art de Wits, ainsi que de collections privées. Cet ensemble est complété par quatre dessins préparatoires réalisés par Picasso pour Guernica, issus des collections du musée.

L'exposition sera ouverte au public jusqu'au 22 septembre, démontrant comment cette intervention au Reina Sofía non seulement élargit la compréhension d'une œuvre emblématique du XXe siècle, mais nous invite également à reconsidérer la manière dont l'histoire, même si elle ne se répète pas, continue de trouver des moyens de faire écho à travers l'art.

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