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Contre nature

Casa Saladrigas acull "Contra Natura" de Manel Bayo, una mostra que es podrà visitar fins al 2 d’abril.

Contre nature
Eudald Camps blanes - 07/03/22

L'homme n'a pas de nature. Cette affirmation laconique mais percutante devrait être, selon P. Dust, le véritable emblème (ou leitmotiv) du parcours philosophique d'Ortega y Gasset : le penseur madrilène, connu avant tout pour lui-même et sa circonstance, essaya toujours d'empêcher le lecteur (comme s'il on lui donnait un vaccin conceptuel) des excès transcendantalistes, commençant par l'idée d'une "essence humaine" à laquelle nous devrions être tenus responsables en un sens, disons, aristotélicien, et se terminant par l'invention cartésienne d'un moi monolithique sur pour construire tout l'édifice de la connaissance humaine. De toute évidence, Ortega était bien conscient des implications d'une telle déclaration. Alors ceci : en l'absence de nature, que reste-t-il à l'homme ?

Et plus encore : comment s'explique le désir de connaître la réalité de cet être exilé du monde ? Dans un texte de 1931 (¿Qué es el conocimiento ?), l'auteur de La rebelió de las masses le dit sans détour : « La pure vérité est que l'homme éprouve un étrange désir de savoir, il n'a pas les talents ; c'est-à-dire qu'elle manque justement de nature, au sens aristotélicien du terme » ; une carence qui le rendrait « démuni » et « oisif » et, en même temps, une « insuffisance de vie ». Le prix que l'homme devra payer est celui de l'insatisfaction chronique et celui de l'angoisse existentielle : « On s'est vite rendu compte que la raison physique devait échouer face aux problèmes humains. Parce que l'homme n'a pas de nature, il n'a pas d'être fixe, statique, antérieur et donné [...] C'est quelque chose de radicalement plastique capable de deserestoylootroyasísin limites ", a conclu Ortega à son Aurore de la raison historique (1935). Mais revenons à Ortega y Gasset et Huysmans : dans les deux cas, insatisfaction et pathologie physique nous ramènent à un univers pharmacologique très proche de celui décrit par des auteurs comme Paul B. Preciado (dans son cas, le régime serait « pharmacopornographique » ). Autrement dit, la sexualité vécue comme une pathologie (ce que certains, comme le psychologue John Money, appelleraient des « paraphilies ») fleurit dans la société droguée d'aujourd'hui. Et nous disons "fleurir" très consciemment : les fleurs dessinées par Manel Bayo sont toujours des organes reproducteurs. En fait, le mot orchidée, comme on l'appelle la fleur de la plus grande famille botanique existante, vient du terme grec órkhis (ὄρχις), qui signifie « testicule » ou « ovaire ». Ce sont des fleurs, dessinées par Bayo, de paradis artificiels, des lieux mentaux cachés derrière des portes qui ne s'ouvrent que si vous avez la clé du bon bonheur chimique. En ce sens, les boîtes à médicaments sont une autre manière de rendre visible les carences de cet « indigent » et « oisif », de cette « insuffisance vitale » qu'Ortega appelait « la personne humaine ».

Contra natura est un projet d'exposition qui vise à interroger (indiquer) les frontières fines et parfois ambiguës qui séparent des éléments traditionnellement perçus comme antagonistes. La première et la plus évidente est, comme nous l'avons dit, entre ce que nous considérons comme naturel et ce qui est artificiel. Une autre, peut-être encore plus pertinente, serait celle qui opposerait le poison à la médecine. Encore une fois, la distinction est extrêmement floue. Au sens strict, un médicament (du grec φάρμακο, littéralement « médicament ») est toute substance biologiquement active capable de modifier le métabolisme des cellules qu'elle affecte. Dans le domaine de la médecine, ils sont utilisés à des fins thérapeutiques ou préventives (prophylaxie). Ce concept de drogue comprend les médicaments, les neurotransmetteurs, les hormones, les poisons, etc. La question est à nouveau la même : la différence réside dans l'usage que nous en faisons et, plus encore, dans son monopole et son contrôle. La Rose réactive imaginée par Bayo l'exprime parfaitement : sa beauté est aussi trompeuse que les particules élémentaires qui la composent. Une chose est l'histoire générale et l'autre ce sont les singularités problématiques sur lesquelles elle se fonde.

L'idée était déjà annoncée par Baudelaire de manière claire et précise : Partout hors du monde. Ni plus ni moins : « Cette vie est un hôpital où chaque patient est possédé du désir de changer de lit.

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