Beyrouth est sans doute l'une des villes qui a dû se réinventer le plus souvent ces dernières décennies. Marquée par des conflits, des crises économiques et la terrible explosion du port en 2020, la capitale libanaise a trouvé dans la culture l'un de ses outils les plus puissants pour reconstruire sa mémoire collective. Dans ce contexte, le musée Sursock place une fois de plus le patrimoine documentaire au cœur du débat avec « Les Papillons et les Bourdons de Middle East Airlines : L'histoire de la troupe de danse folklorique de MEA et l'histoire de ses archives », une exposition visible du 11 juin au 22 août 2026.
Organisée par le département des archives du musée à l'occasion de la Semaine internationale des archives et dans le cadre des activités de l'Observatoire du patrimoine moderne (MoHO), l'exposition a été conçue par Rowina Bou Harb, responsable des archives du musée Sursock, et Nidale Hamouche Bou Harb. Elle propose un voyage à travers l'histoire de la Compagnie folklorique de Middle East Airlines (MEA), un groupe artistique qui, pendant des années, a œuvré comme ambassadeur culturel du Liban lors de festivals et de manifestations à travers le monde.
L'exposition réunit pour la première fois une sélection rigoureuse d'une collection documentaire de près de 500 pièces, comprenant photographies, documents officiels, programmes, articles de presse et autres documents qui retracent l'histoire de la compagnie. Au-delà de sa valeur historique, les archives révèlent comment la danse et les arts du spectacle sont devenus un outil de rayonnement international pour un pays désireux de projeter une image de diversité, de créativité et d'ouverture.

Conservée pendant des décennies par la famille Bou Harb, cette collection documentaire offre un aperçu intime d'un épisode méconnu de l'histoire culturelle contemporaine du Liban. Les images et les documents retracent l'évolution d'un groupe qui, transcendant la sphère artistique, est devenu un symbole de l'identité nationale durant une période de profondes transformations sociales et politiques.
La proposition du musée Sursock souligne également l'importance croissante des archives comme espaces de recherche, de mémoire et de création de nouveaux récits. Loin d'être perçues comme de simples dépôts de documents, les collections d'archives sont ici présentées comme des outils vivants capables de relier passé et présent, de faire ressurgir des histoires qui nous aident à comprendre la complexité d'une ville qui n'a jamais cessé de se reconstruire.