La rétrospective de Teresa Margolles, « Comment nous en sommes-nous sortis ? » , présentée au Musée d’art contemporain de Monterrey (MARCO), déploie 23 œuvres issues de 18 projets réalisés entre 2003 et 2025, telles une cartographie des absences. Dans ce contexte, le musée devient un lieu de confrontation entre l’esthétique et la responsabilité éthique de l’art. Sous le commissariat de Taiyana Pimentel, l’exposition ne propose pas une rétrospective chronologique, mais plutôt un parcours à travers la persistance du deuil et la normalisation silencieuse qui transforme la tragédie de l’histoire violente du Mexique en un paysage du quotidien.
Parmi les œuvres présentées, une installation sonore se distingue, imitant le passage d'un train traversant le pays et franchissant la frontière, et évoquant le déplacement forcé des corps migrants. Un autre projet, « We Have a Common Thread », a vu Margolles inviter des artisans de différents pays à broder des tissus imprégnés des fluides corporels de victimes de féminicides, tissant ainsi un réseau de mémoire nourri par la solidarité. À travers ces œuvres, l'artiste invite le spectateur à participer à une mémoire politique marquée par une perte indicible.

L’œuvre de l’artiste s’inscrit peut-être, indirectement, dans la lignée du concept de « vies deuilables » de Judith Butler, selon lequel toutes les vies ne méritent pas le même deuil et certaines morts deviennent gérables, statistiques, facilement archivées. Dans son atelier, jouxtant le funérarium de Mexico, cette intuition prend une matérialité presque littérale : elle travaille les déchets et les archives pour en extraire les vestiges et les traces qui refusent de disparaître. Là, l’œuvre consiste moins à représenter la perte qu’à l’effleurer, à exhumer ce qui demeure suspendu entre absence et mémoire. Il ne s’agit pas d’une provocation, mais d’une stratégie persistante visant à démontrer que la violence ne disparaît pas ; elle s’insinue, s’installe et accompagne silencieusement le quotidien.
Dans cette rétrospective, Margolles semble passer de la représentation à un champ de questions ouvertes, découlant du titre même de l'exposition et se multipliant d'une salle à l'autre : comment la perte circule-t-elle, comment est-elle socialement assimilée, comment se manifeste-t-elle sans devenir un spectacle ? À Monterrey, ces questions acquièrent une urgence particulière, plaçant l'exposition dans une zone d'instabilité, suspendue entre mémoire collective et confinement institutionnel.
Lors d’une visite guidée avec l’artiste, la commissaire d’exposition Taiyana Pimentel a fait remarquer : « Teresa Margolles ne résout pas les problèmes, elle les enregistre simplement, à partir d’un contact direct et quotidien avec la réalité. » On peut alors comprendre *How Did We Get Out?* comme un espace de confrontation lente qui n’offre ni réponses ni réconfort, où le spectateur est contraint d’habiter le malaise de ce qui demeure irrésolu.